Satprem. Le mental des cellules

Un livre incontournable… pour ressentir la matière du corps, écouter certaines délivrances et émanciper la conscience.

Un extrait : Ne pas ré-agir dissout l’agression ?

« C’était dans les canyons déserts près de Pondichéry. Nous étions assis tranquillement lorsque, d’un creux, sont sortis trois hommes. Instantanément, nous avons su : « Ils viennent me tuer. » Nous sommes restés assis, sans bouger. Et c’est étrange, sans que nous fassions aucun effort, aucune concentration, nous nous sommes trouvés soudain comme vidés de nous-mêmes, sans réaction, sans peur, sans rien, tel un caillou, mais un caillou conscient qui regardait tout cela comme une sorte de spectacle qui ne le concernait pas, comme on peut regarder en rêve quelque chose qui arrive à quelqu’un d’autre, qui est pourtant soi-même. Et la sensation n’était pas vraiment d’un caillou, sauf par la neutralité, mais plutôt d’un corps, notre corps, comme une sorte de chose complètement transparente et nulle, un peu flottante.

Rien ne bougeait, pas un frisson, pas un battement — et nous n’y étions pour rien, il n’y avait aucune « maîtrise » de notre part, aucun effort. C’est comme quelque chose qui s’était emparé de nous dans une immobilité transparente. Les trois hommes étaient là : deux devant, un derrière. Puis une sorte de voix en nous a dit : « Debout ». Nous nous sommes levés, le dos au bord du canyon. L’un des deux comparses a enlevé notre montre, sans doute pour faire croire à un vol. L’homme, derrière, est venu se mettre devant nous. Nous avons vu le bras du tueur se lever pour nous pousser dans le canyon. Nous avons suivi le mouvement de ce bras, nos yeux ont rencontré les yeux dorés du tueur. Il a baissé le bras, il est resté un instant un peu flottant comme s’il ne savait pas quoi faire ni très bien ce qu’il faisait là. On aurait dit vraiment qu’il regardait à son tour toute cette scène comme si elle n’avait pas de sens ou comme s’il avait oublié ce qu’il était venu faire là. Il a tourné le dos, les deux autres ont tourné le dos, et ils sont partis. Puis, subitement, ils se sont mis à courir comme s’ils étaient pris de panique. Puis notre cœur s’est tout d’un coup souvenu qu’il aurait dû avoir peur, qu’on avait voulu le tuer… et il s’est mis à battre comme un idiot.

La seule chose que nous sachions, c’est que s’il y avait eu le moindre effort, le moindre raidissement, la moindre réaction pour rejeter ces hommes, même un rejet intérieur, un simple « non » dedans, instantanément nous aurions été tué : le mur dressé par nous aurait rencontré la vibration de l’autre, et le rebondissement de la vibration aurait déclenché toute la mécanique. Là, il n’y avait rien, pas un souffle, nous étions comme un courant d’air : la vibration de l’autre passait au travers, il n’y avait pas de rebondissement. On ne peut pas tuer un courant d’air, n’est ce pas ? Il faut qu’il y ait un contact, une prise pour pouvoir tuer — il ne se prenait à rien, il n’y avait rien. Alors, s’il n’y avait rien, il n’y avait rien !

C’est-à-dire que, pendant cinq ou sept minutes, par une grâce, notre mental physique n’avait pas fonctionné.

Et c’est ainsi que tous les « miracles » se passent. Seulement le vrai miracle, c’est l’état naturel.
C’est la terre de la prochaine espèce.
Un secret transparent. »

Satprem, « Le mental des cellules »
page 109. Editions Robert Laffont.

 

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